M A G A L I S O U R I A U . C O M |
R E V I E W S ~ DOSSIER JAZZMAN |
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Qu'est-ce qui vous a poussée, vous qui êtes originaire d'Aix-
en-Provence, à tenter une carrière à New York ? J'avais une copine qui avait un piano incroyable au fond d'un jardin : il fallait ouvrir une trappe, on descendait et là, on trouvait un piano à queue et un piano droit. Un endrott génial, magique. On allait au Hot Brass écouter les musiciens et on invitait ensuite ceux qui nous platsaient à venir chez elle, dans cette maison magnifique. C'est comme cela que Tommy Flanagan s'est retrouvé là. Le lendemain matin, je devais passer mes épreuves pour la médaille d'or du conservatoire. Curieux, il m'a demandé de lui jouer quelque chose. On va dans le jardin, on descend par la trappe, je m'installe devant le piano à queue et je joue, et je joue, totalement plongée dans la musique... Jusqu'à ce que j'entende le piano droit derrière mon dos. C'était Tommy Flanagan qui me donnait la réplique. On a joué plusieurs heures comme ça. Le grand bonheur ! Il prenait l'avion le lendemain. Et alors que je me préparais à rentrer dans la salle du conservatoire pour passer mon épreuve, mon amie vient me dire que Tommy a changé son billet d'avion et qu'il est la parce qu'il tenait à m'écouter ! J'ai joué comme si j'allais mourir la seconde d'après. C'est comme cela que j'ai rencontré ce monsieur qui est devenu un grand ami. Grâce à lui, j'ai obtenu une bourse au Berklee College of Music de Boston. Là-bas, j'ai travaillé avec Herb Pomeroy, grand arrangeur qui m'a fatt découvrir le plaisir d'écrire pour orchestre. C'est aussi à Berklee que j'ai rencontré Chris Cheek et Matt Pavolka qui composent mon trio d'aujourd'huit. Seamus Blake et Kurt Rosenwinkel faisaient aussi partie du paysage. Mine de rien, mon rêve s'accomplissait de plus en plus. Tommy et sa femme m'ont aidé à trouver un apparte-ment à New York et il m'a présenté à tout le monde ! Pour autant, il n'a jamais été mon professeur, c'était mon ami. Il me disait : "Ah, toi tu mets les mains comme ça ? Tiens, moi c'est de cette manière..." Un rapport sympa, humain, jamais docto-ral. Il m'emmenait souvent écouter du jazz dans les clubs. On prenait le taxi et il tombait dans les bras de Dizzy Gillespie au Blue Note; on allait souvent au Bradley's, un endroit extraor-dinaire où il n'y avait que des duos. On se retrouvait à la même table que McCoy Tyner ou Cedar Walton... Ensuite, j'ai commencé à travailler avec mon grand orchestre. Nous jouions au Smalls. Ca s'était fait grâce à un autre grand ami, que j'avais rencontré à Berklee, Guillermo Klein : empê-ché alors qu'il avait une date prévue avec son big band, il m'avait proposé de le remplacer. Pendant deux mois, on a joué toutes les semaines, puis assez régulièrement. Et j'ai vrai-ment monté l'orchestre, avec un répertoire, compositions et arrangements, des répétitions... Diriger un big band, se retrou-ver responsable de tout, c'est un immense plaisir. Même si j'y joue peu de piano. Résultat, entre le trio et le grand orchestre, je me sens un peu Dr. Jekyll et
Miss Hyde ! Dans un proche
avenir, j'imagine trouver une
formule qui rassemble tout
cela, un orchestre peut-être
plus réduit, dont je sois à la
fois arrangeur et pianiste.
Comment s'est constitué le
trio avec le saxophoniste
Chris Cheek et le contre-
bassiste Matt Pavolka ? Après sa naissance, j'étais à la maison et j’ai eu envie de me remettre au piano. Car pendant ces années avec le grand orchestre, je l'avais un peu laissé de côté. J'ai tout de suite appelé Chris: avec lui, depuis le début, la communication est quasiment télépathique. En plus, c'est un immense musicien. Sur le plan de la sensibilité, depuis des années nous sommes très proches et pourtant, nous échangeons très peu de mots. Tout se passe musicalement. Il a tout de suite été partant pour l'idée d'un trio et il se trouve que Matt Pavolka – qui était tromboniste dans le big band – m'avait fait part de son désir de se mettre à la contrebasse. On s'est simplement retrouvé chez moi, dans mon appartement, avec mon vieux piano droit. Et on a renouvelé les sessions ainsi : pour le pur bonheur de jouer ensemble. J'avais le petit dans le panier, je m'arrêtais pour allaiter et on eprenait comme cela, sans aucune échéance de gig, de concert ou d'enregistrement. On a continué à se voir ainsi, à peu près une fois par mois, juste pour cela : le bonheur qui nous envahissait. On finissait des morceaux en état de béatitude, le sourire aux lèvres pour le reste de la journée. Comme après une super journée avec des amis ou un bon repas, tout simplement. C'est précieux. Et un beau jour, j'ai reçu une offre pour jouer dans un théâtre, deux fois par mois. Pas un club de jazz, un théâtre ! Sans micro, avec une acoustique superbe. Parfois on jouait au milieu des décors de la veille qui étaient restés sur scène. On a joué là pendant deux ans, avec le même bonheur. Ensuite c'est à l'automne 2003 qu'à l'occasion de l'enregistrement du New Talent Orchestra pour les dix ans de Fresh Sound, j'ai rencontré David Baker, l'ingénieur du son que je ne connaissais que de réputation. Nous avons sympathisé et lorsque je lui ai demandé conseil pour enregistrer le trio, il m'a dit: "Je le fais." Le dimanche suivant il était au premier rang du Theater Row et il m'appelait le lendemain pour me dire: "Rendez- vous dans dix jours aux Studios Avatar, studio A." Nous étions prêts. On a joué trois vagues d'une heure et il a tout enregis- tré. Nous n'avions aucune idée de ce que cela donnerait. Dans ce rapport étroit entre la musique et la vie quoti dienne qui est, on le comprend, le moteur de votre trio, la mélodie semble occuper une place privilégiée. Je suis convaincue que ce qui est "chantable" est naturel. Si l'on peut chanter ce que l'on joue, on ne triche pas. i'essaie de ne pas me mentir lorsque je fais de la musique. Et en cela la mélodie est essentielle. Est-il plus facile d'être une Française à New York en tant que musicienne de jazz ? New York, c'est la Terre en réduction. On est tous immigrés. Grâce à cela, on est tous ensemble. Tout peut arriver, le pire absolu comme le meilleur. Qu'on soit français ou lapon, petit ou gros, peu importe : la seule chose qui importe ici, c'est la qualité de ce que vous faites, de votre travail. C'est pour cela que j’aime y vivre. Lorsque je joue, je ne pense pas à d'où je viens, au fait d'être une femme ou je ne sais quoi... La seule chose qui m'importe, c'est ce que j'entends dans ma musique. Un arbre s'en fout de savoir qui il est. Il est. Et c'est pour cela
qu'il est beau. À New York, il y a beaucoup moins d'a priori
qu'ailleurs. Je pense que la vie est plus simple qu'on ne
l'imagine généralement. Ici, j'aime les gens du monde entier,
j'aime la différence, celle des cultures, la diversité des langues, Propos recueillis par Alex Dutilh À ÉCOUTER : EN CONCERT: © Jazzman 2006
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